vendredi 28 mars 2014

MESSAGE AUX KIDS DU LOVY

MESSAGE AUX KIDS DU LOVY

Les kids, vous le savez, ce lieu on a lutté pour le créer et aujourd'hui, on lutte encore pour qu'il continue d'exister.
Parce que la Mairie préférerait peut-être le filer à d'autres assos que nous, à des gens moins crades, qui font moins de bruit, qui cassent moins de trucs, qui boivent moins de bières et qui fument moins de clopes.

Sauf qu'on a décidé qu'on allait tout faire pour le garder quand même, et prouver que malgré tous nos « défauts », ca valait le coup. Jusqu'ici, on a réussi à démontrer que le skate-bmx-graffiti, c'était plus que des petits bourgeois avec des pompes neuves à 100 euros qui s'en foutent de tout et pètent des murets en ville. Et pour l'instant, même si la Mairie en doute peut-être, on nous fait à peu prés confiance, car on a su montrer de l'intelligence. Notamment en disant que ces pratiques n'étaient pas un effet de mode, mais un style de vie et un rapport nouveau à la ville, qui sort du train-train « boulot-commerce en famille-dodo ».

Sauf que tout ceci est hyper précaire, et peut-être pas éternel.

Alors dites-vous bien qu'à chaque fois qu'une connerie est faite, un carreau pété, un paquet de gâteau qui traine par terre, une clope fumée à l'intérieur, des bières vides qui sèchent dehors (…), à chaque fois, on donne des arguments à nos voisins et à la Mairie pour nous dégager d'ici.

A chaque fois qu'on agit sans faire appel à notre cerveau, sans imaginer la conséquence de nos actes, on donne de la force à tous les préjugés anti-jeune et anti-skate de tout le quartier, de toute la ville, et aussi de tout facebook.

On part de loin, de super loin. Un skater, dès sa naissance, a le monde entier contre lui. Un graffeur, dès son premier spray vandale, se met toute la ville à dos. Un bmxer, dès son premier grind, fait de l'outrage à tous les passants, qui pensent plutôt commissariat que « joli feeble-grind ».

Alors, nous sommes condamnés à être plus intelligents que la moyenne. Si nous voulons rouler ou graffer, nous sommes obligés d'être plus malins que le citoyen lambda, pour se défaire de ces préjugés de merde qui nous collent encore à la peau.

Et dans l'autre sens, faire une petite connerie, c'est se tirer une bombe nucléaire dans le pied.

Puis, comme si être un skateur dans un monde anti-skate ne suffisait pas comme contrainte, notre lieu est situé en face de la gendarmerie et au milieu des résidences des familles de gendarmes.

Encore plus fou, nous sommes hébergés dans un bâtiment MUNICIPAL les gars.

Si on y pense deux secondes, on a grave de la chance de n'être jamais allé au poste.

Vous comprenez donc que c'est pas la peine d'en rajouter, en terme de connerie. Jusqu'ici, on a été sacrément veinards en fait.

Ensuite, nous avons créé ensemble cette asso COPING.

Ca fait déjà un bail, et peut-etre qu'on a trop vite oublié l'histoire. Nous sommes skaters et bmxers à Tulle depuis 1998. Pendant 12 ans, on a roulé des trottoirs minables, des bancs rugueux, du goudron pourri et des modules en ferraille, aussi smooth qu'un champ de patates.

On a bataillé avec notre histoire bancale et notre culture illégitime pour créer un espace comme il n'en existe nul part en France. C'est gratuit (ailleurs tu payes ta session + une cotiz à l'année), c'est fait maison (ailleurs, quand c'est DIY comme chez nous, c'est juste un squat [sauf Aurillac], et un squat c'est bien, mais je crois qu'on a fait encore mieux), c'est libre (avec les limites de base contre la connerie humaine, cf plus haut), et c'est ouvert 3 fois par semaine alors qu'on a tous une vie à mener avec des boulots, des études, des loyers à payer...

Déjà, même si c'était ouvert qu'une fois par an, ce serait la révolution, sachant d'où l'on vient.

Ensuite, oui, il y a une cotisation à payer. Premièrement, on est pas des acharnés à courir derrière les cotiz, vous l'avez remarqué... et surtout, cette cotiz, ne donne pas droit à « ouvertures 3 fois par semaine ».

C'est pas comme au supermarché, satisfait ou remboursé. Au lovy, vous n'achetez pas un service. Vous achetez rien. Vous participez à la vie collective d'un endroit que vous aimez et qui coûte de la thune pour notre asso qui le gère. Vous ne le savez peut-être pas, mais on paye quasi 500 euros d'assurance par an. La cotisation est à 15. Faites le calcul, il faut au moins 34 adhésions chaque année pour rentrer dans nos frais... Et pavoz + beufa + matra + elie + dylan + anthony, ca fait pas 34.

Donc rien qu'en terme d'adhésion, on est déficitaire, sans parler du fait que ca fait trois ans qu'on paye notre matos tous seuls, sans aide municipale.

Vous n'achetez pas un service, vous soutenez une démarche.

Enfin, on est d'accord que nous avons annoncé tous ensemble les ouvertures trois fois par semaine. Nous nous sommes engagés, maintenant, nous avons une obligation de le faire. Et vous avez tout à fait le droit de nous reprocher de ne pas la tenir, et nous nous excusons pour les retards et parfois même l'absence d'ouverture. Que ce soit clair, nous savons reconnaître nos manquements.

Il faut que vous compreniez un truc cependant. Ouvrir 3 fois par semaine bénévolement toute une année (et je ne parle même du fait que ceci consiste en grande partie à ramasser vos déchets), c'est un boulot de dingue. Et je crois, si vous le permettez, que nous n'avons pas d'obligation de résultat à ce sujet. Nous avons le droit à l'erreur, dans certaines limites. Quand nous les dépassons, nous nous en excusons, comme nous l'avons fait pour samedi dernier.

Imaginez juste une seconde notre contexte. Nous ne pouvons pas sortir le soir de nos boulots chiants 35h par semaine où justement l'erreur n'est pas permise, pour gérer ensuite nous-mêmes le Lovy avec autant de pression et d'obligations que si c'était un taf de merde. Il faut que ces ouvertures au lovy puissent être un minimum souple.

Du coup, on fait tout ce qu'on peut pour y arriver, et des fois, on y arrive pas. Ici ce n'est pas l'usine, nous ne sommes pas des machines à ouvrir et à ranger les poubelles. Si les ouvertures doivent devenir une obligation rigide, je pense que plus personne n'ouvrira jamais.

Alors quand on merde parce qu'on a un empêchement, que nos portables sont éteints, on ne peut que reconnaître notre connerie, et vous dire qu'on essaiera de faire mieux.

Par contre, s'il vous plait les gars, ne rajoutez pas une couche de connerie par dessus la notre, sinon on va jamais s'en sortir.

Je sais très bien comment ca fait d'attendre devant la porte, qu'il pleut, que les riders débarquent de partout, et que c'est fermé car le responsable ne vient pas ouvrir. Ca m'est arrivé au moins 10 fois, après 2h de route pour aller rouler à Angoulême.


A ce moment là, soit tu confonds le lieu avec IKEA, et tu défonces la porte pour avoir ton jouet à tout prix... Soit tu te dis juste « ils font chier ces connards », et tu rentres chez toi avec les boules, sans pour autant leur en vouloir parce que tu connais l'histoire du lieu et leur engagement, et que tu te dis que quand t'auras trente ans, tu feras peut-être pas mieux.

Longue vie.

Nico / COPING



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